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Chapitre I : Et ça, ça ressemble à quoi ?
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Dans ce parc il s'efforçait de tous ressentir, et de tout entendre, de faire attention à la moindre petite chose. Le souffle du vent sur sa peau, le chatouillis de ses cheveux lui caressant la nuque, le rire des enfants jouant, le grincement des balançoires, le crissement des pas dans l'herbes.
Tous lui paraissait beau, en couleur, couleur ? Il ne savait pas ce que c'était, et tout portait à croire que jamais il ne le saurait. Alors il s'imaginait, le rouge ? A quoi ça peut bien ressembler le rouge... On dit de lui que c'est une couleur chaude, classe ; la chaleur il sait ce que c'est, c'est rouge la chaleur ? Et la neige, c'est bleu ? Ha non c'est vrai, c'est blanc la neige, c'est quoi blanc ? On dit que c'est doux comme couleur, rassurant, apaisant. Les anges ils sont en blanc. Ca ressemble à quoi un ange ? Et un rond ? C'est comment un rond ? Et maman ? Elle est belle maman ? On dit que toutes les mamans sont belles... En tout cas sa maman à lui avait une belle voix et la peau toute douce.
C'est bête quand même, d'être aveugle... Il pensait passer à côté de tout, rater toutes les bonnes choses de la vie, ne profiter de rien... Et bien que cette étrange vague de mélancolie l'envahissait souvent dû à ce trop plein de noir il se forçait de sourire. Il était vivant, n'étais-ce pas le principal ? Il se forçait à penser que si. Et en plus il faisait beau, en plein moi de juillet le ciel était parfaitement dégager et d'un bleu claire qu'il ne pouvait malheureusement pas apercevoir. Il se contentait de ressentir le soleil sur sa peau et de profiter de cette étrange luminosité. Il se concentrait sur l'agitation autour de lui, il ferma les yeux : bien conscient que ça ne lui servait à rien. Il aurait aimé savoir l'heure, mais dans ce parc il n'y avait pas d'église assez proche pour qu'il puisse entendre son carillon sonner. Sa mère devait venir le chercher, comme tout les jours, à 18h00. Elle l'amenait à 16h00, le conduisait jusqu'à son banc et le laissait profiter de ses quelques heures où on le permettait d'être en contact avec le monde extérieur.
Il aurait voulu marcher, s'allonger au milieu du parfum des fleurs, et bien qu'il connaissait le parc par c½ur c'était trop dangereux de s'aventurer seul au milieu des gens. Gens qui avaient maintenant l'habitude de le voir ici et qui respectait son handicap sans pour autant avoir l'audace de venir lui parler, bien qu'il n'attendait que ça... Connaître des gens, parler, papoter comme on dit, rire, « se taper des bons délires » et toutes autres choses que les autres garçons de 17 ans faisaient. Il fouilla dans la poche de son pantalon en jeans et en sortit son I pod, bien qu'il fût aveugle il était doté d'une intelligence particulière et n'avait pas de mal à s'adapter au objet qui ne demandait aucune concentration visuelle, tel que l'I pod.
Il connaissait l'ordre des chansons par c½ur, ainsi il n'avait aucun mal à les retrouver. Il commença à chantonner en rythme et en battant la mesure avec ses pieds. Il vérifia à l'aide de ses mains que personne n'était avec lui sur le banc et s'allongea alors. Laissant ainsi le bas de son ventre au soleil, profitant encore mieux de cette agréable sensation de chaleur. Il soupira d'aise, toujours en se laissant transporter par la musique.
Les bruits, toujours des bruits, en ayant assez de la musique il se mit à écouter le quotidien, reprenant une position assise. Certains bruits lui étaient indéfinissables. Des jeunes de son âge devait être arriver, mêlant leur voix plus rauque aux rires des bambins. Qu'est ce qu'il aurait eu envie de se lever et d'aller leur parler, juste faire connaissance. Cependant il sentit une main sur son épaule. Sa mère ? Non, la main de sa maman était plus douce, tendre, moins ferme.
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Heu excuse moi... l'interpella un inconnu.
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Oui ? Répondit-il simplement.
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Avec mes potes on peut s'asseoir à côté de toi ? Y'a plus d'autres bancs... Potes ? Il ne connaissait pas... Ca voulait dire quoi ? Il fronça les sourcil, se concentrant deux minutes, puis, se rappellent qu'on attendait une réponse de sa part il décida de ne pas y prêter attention et de simplement répondre :
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Il n'y a pas de problème. -
Merci. Un brouhaha, apparemment il était plusieurs à s'installer près de lui. Ca le faisait sourire. Il ressentait, encore et toujours, des odeurs épicées, vanillées, douces, un mélange de parfum. Le banc qui s'affaissait sous différents poids et l'ombre que devait faire les quelques personnes rester debout, faute de place. Il essaya de se faire transparent mais remarquait bien qu'il gênait. Ses nouveaux compagnons de banc ne pouvaient pas parler librement en présence d'un inconnu, normal. Il aurait aimé se lever et les laisser, d'ailleurs ses jambes le démangeaient, il avait besoin de marcher, et faute de il les bougeait nerveusement. Il se sentait de plus en plus mal à l'aise. De plus il aurait aimer s'excuser, mais pour dire quoi : désolé je suis aveugle et incapable de marcher seul pour vous laisser tranquille ? Non, il avait quand même un minimum de fierté.
Pour une fois il craignait qu'on lui parle, il gardait les yeux fermés, espérant sûrement se faire mieux oublier ainsi. Il ne pouvait s'empêcher d'écouter leur conversation, ça parlait d'école enfin finie, d'année passée, de copains, du petit ami à machin et de la bisexualité de l'autre. La bande d'adolescent finit finalement par oublier l'aveugle, plongé dans leur conversation et absorbé par le dernier potin. L'infirme lui se sentait beaucoup mieux, il sentait qu'on l'oubliait et qu'il ne présentait plus aucune gêne autour de lui.
Par contre une bonne partie de la conversation lui échappait, soit les mots n'entraient pas dans son vocabulaire, il ne connaissait rien des patois, du « verlan », il connaissait juste le langage parler avec maman et les spécialiste à la maison. De plus pas mal de lieu lui était inconnu : il n'avait jamais mis les pieds à l'école et le seul endroit public qu'il fréquentait était ce parc. Sa mère était sûrement trop protectrice et avait peur de le laisser sortir autre pars, même accompagné. A 17 ans il avait un apprentissage déjà très large mais aucune connaissance du monde qui l'entourait.
Et cette obsession de l'heure était toujours présente. Depuis dix minutes il pesait le pour et le contre : je leur demande ? Ou je n'ose pas... Il se mordillait la lèvre, et gardait ses yeux fermés. Finalement il prit une grande inspiration et toujours les yeux clos il demanda :
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Heu... Je... Excusez-moi... -
Oui ? Lui répondirent plusieurs vois à ses côtés. -
Vous savez l'heure qu'il est ? -
Ouaip attend deux secondes. Ouaip ? Il ne chercha pas plus longtemps et se concentra sur les bruits qui l'entouraient, des froissements de tissu, apparemment il cherchait quelque chose dans sa poche. Il sentait à nouveau toute l'attention porté sur lui et l'angoisse montait petit à petit : finalement il aurait mieux fait de se taire.
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Il est 17 heures. Lui répondit quelqu'un sur un ton joyeux et plein de douceur. Il sourit légèrement avant de répondre :
-
Merci. Encore une heure... Pour une fois il aurait aimé entendre sa mère arriver plus tôt et lui murmurer milles excuses comme quoi il ne pourrait pas rester jusqu'à l'heure habituelle. Mais évidement elle n'arriva pas et les secondes lui paraissaient heures. La conversation à côté était beaucoup moins animée qu'au par avant et il sentait encore quelques regards sur lui. Il rouvrit les yeux, de façon à mieux percevoir la luminosité extérieure.
Froissement de tissu, corps en mouvement, crissement de chaussures. Ils partaient ? Tant mieux, en tout cas ils se levaient. Il les entendait se rapprocher, sûrement devaient-ils passer devant lui pour sortir du parc. Mais il fût déçut quand il remarqua que les pas s'arrêtèrent devant lui. Il commença à vraiment paniquer, crispant ses mains sur son pantalon et tentant tant bien que mal de calmer ses pulsions vasculaires.
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T'inquiète pas, on veut juste savoir ton nom. -
Je... Je m'appelle Bill... -
Enchanté Bill ! Ben moi c'est Fred, la petite blonde là-bas c'est Catherine, à côté c'est Max et puis y'a Julie et le dreadé qu'a pas péter un mot depuis une demi heure c'est Tom. Alors ils n'avaient pas remarqué ? Il faut dire que ses cheveux noirs lui tombaient maladroitement devant les yeux... Il essayait d'enregistrer les informations, « dreadé », « péter un mot », ça voulait dire quoi ? Et puis comment leur dire que de toute façon il ne les voyait pas ? Pour une fois qu'on venait lui parler... Il se sentait nul, soudain il crut que tout était de sa faute, que jamais il n'arriverait à rien. Une envie de pleurer lui prit la gorge et remarquant son malaise Fred le questionna :
-
Il y a quelque chose qui ne va pas ? -
Je... Je suis aveugle... Parvint-il à articuler dans un faible murmure.
Un silence s'installa... Les cinq adolescents paraissaient soudainement gênés. Et Bill ne savait plus où se mettre, il se maudissait... Non, en faite, il maudissait tout : ces adolescents qui étaient venu lui parler, sa mère pour l'avoir mis au monde, son père pour l'avoir laisser avec ses problèmes, la médecine qui se disait développé mais qui pourtant ne savait rien faire pour lui, ses yeux qui refusaient de voir ne fusse qu'une ombre, il haïssait tout et aurait bien aimé mourir. Il s'attendait à ce qu'ils partent, à ce qu'ils le laissent. Et pour anticiper les choses il prit la parole :
-
Ne vous inquiétez pas, j'étais très bien seul, vous pouvez partir. Bien que ces yeux ne puissent exprimer ses sentiments, sa voix le faisait très bien, un mélange de déception, de colère, de dégoût et de rage. Les cinq adolescents ne savaient pas quoi dire et étaient très gêné de la situation, seul Tom paraissait serein et calme.
-
Heu je... Désolé, vraiment... Lui répondit une vois féminine.
Pitié, ils avaient pitié de lui... Il sentit la colère monter en lui et finalement lui nouer le ventre.
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Partez, s'il vous plait. Son ton se voulait ferme, fier et posé mais tout laissait paraître son malaise, sa tristesse, sa honte et sa haine.
Et de nouveau les mêmes bruits de tissu, les mêmes pas dans la pelouse : ils partaient. Sans aucun mot, sans une dernière parole, ils n'avaient pas su comment réagir alors ils avaient préféré fuir. Une fois tout bruit éloigné il sentait encore une présence. Chose qui fut confirmée quelques secondes plus tard quand il sentit quelqu'un s'asseoir à ses côtés. Ce parfum il le reconnaissait : vanille. C'était un des garçons.
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Tu viens souvent ici ? Par contre sa voie lui était inconnue, il en déduisit que c'était Tom. Le seul à ne pas avoir « péter un mot », comme ils disent.
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Assez oui... Pourquoi tu ne pars pas toi ? Sa voie n'était pas agressive, aucun reproche, juste de l'incompréhension. Tom esquissa un léger sourire avant de répondre le plus naturellement possible :
-
Pourquoi je partirais ? -
Parce que les gens ne me parlent pas d'habitude. -
Les gens sont cons... -
Sûrement. Mais toi tu n'es pas idiot alors ? -
Pas à ce point de vue ! Dit-il, souriant.
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Tu es gentil en tout cas. -
Merci. Parler avec un aveugle, qui de plus ne connaît presque rien au monde extérieur, c'était bizarre... Un sentiment de joie, agréable, comme une impression de tout recommencer, de s'évader.
-
Et toi ? Demanda Bill.
-
Moi quoi ? -
Tu viens souvent ici ? Parce que je ne pense pas t'avoir déjà sentis...-
Non c'est la première fois, tu arrives à reconnaître les gens ? -
Leurs odeurs, la plus part du temps. Et la conversation se passa comme ça, se questionnant timidement, se découvrant lentement, laissant souvent le silence prendre place, mais pas un silence pesant, non, juste le temps de découvrir l'autre par les odeurs, la vue pour l'un, il ne faut pas spécialement des mots pour apprendre à se connaître, le silence en dit souvent beaucoup plus...
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Tom ? -
Oui ? -
Ca veut dire quoi « dreadé » ? -
Tu sais pas ce qu'est des dreadlocks ? -
Heu... Non... Rougit-il gentiment.
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Et bien c'est une coiffure, un peu comme des tresses sauf que ça ressemble plus à des n½uds tu comprends ? -
Heu... A peu près, mais j'ai du mal à imaginer ce que c'est. -
Ben attend, je vais te faire sentir. Il se leva doucement et se plaça accroupit en face de Bill. Il lui prit une main et plaça une de ses dreads dedans après les avoir détachées. L'aveugle retourna la dread dans tout les sens, la faisant passer d'une main à l'autre, la caressant du bout de doigts, alors c'était ça, une dread ?
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C'est... Bizarre... Finit-il par dire après quelques instants.
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Ben ouai... Bill porta ses mains à la tête de Tom, n'osant pas trop touché son visage il plaça directement ses dernières sur le dessus de son crâne, découvrant un peu mieux la coiffure de Tom.
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Vraiment bizarre... Le dit « dreadé » ne pu s'empêcher de rire un peu, vite suivit par un grand sourire de Bill.
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Et donc un dreadé, c'est quelqu'un qui a des dreads c'est ça ? -
T'as tout compris ! Un dernier sourire et il se leva pour rejoindre sa place, laissant cependant ses dreadlocks en dehors de leur élastique.
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Bill ! Mon chéri ! Une petite femme blonde arriva presque en courant, apparemment dépassé par les événements, elle s'empressa de serrer son fils dans ses bras.
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Je suis désolé mon poussin, je suis en retard. S'excusa-t-elle.
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Ha bon ? Je n'avais pas remarqué. -
Il est déjà 18h30, mais j'ai été prise dans les embouteillages. -
C'est pas grave. Tom souriait, pensant que n'importe quel adolescent normal aurait été gêné de voir sa mère arriver sur lui comme une furie et le surnommé de « mon poussin », mais il avait déjà compris que Bill était Bill. Et que Bill n'était pas un adolescent normal et que ce genre d'étreinte avec sa mère ne le dérangeait en rien. D'ailleurs celle-ci se raidit en voyant le « dreadé » et demanda à son fils :
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Tu le connais Bill ? -
Oui maman, c'est Tom, on a un peu parlé. La mère septique souhaita quant même le bonsoir à l'inconnu.
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On va y aller maintenant hein ? -
Oui maman. Il se défit des bras protecteurs de sa mère pour finalement se tourner vers Tom.
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Tu seras là demain ? -
Je peux venir oui, tu es là à quelle heure ? -
Tous les jours à 16h00. -
Hé bien demain 16h00 alors ? Lui demanda-t-il dans un sourire.
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Ca marche. Aidé de sa génitrice Bill se releva et entreprit de marcher d'un pas lent et mal assuré au travers le parc. Tom l'observa jusqu'à ce qu'il disparaisse de son chant de vision, et bizarrement il se sentait léger, heureux, quelque chose en lui lui criait que sa vie venait de prendre un nouveau tournant.
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